Gestion des identités et des accès souveraine en Europe
La gestion des identités et des accès est devenue, presque sans bruit, une fonction externalisée par défaut. Dans beaucoup d’organisations européennes, Azure Entra ID, AWS IAM ou les services d’identité de Google Cloud se sont imposés comme des évidences opérationnelles. Ils sont efficaces, bien intégrés, largement documentés. À force d’être pratiques, ils ont fini par ne plus être questionnés.
vendredi 6 février 2026C’est pourtant là que le sujet devient intéressant. Car l’IAM, pour Identity and Access Management, n’est pas une commodité anodine. Il concentre l’accès aux systèmes, aux données, aux privilèges. Autrement dit, il matérialise le pouvoir réel dans un système d’information. Depuis l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données en 2018, puis avec l’arrivée de la directive NIS2, ce pouvoir est désormais explicitement encadré par le droit européen. La traçabilité des accès, la gestion stricte des comptes à privilèges, l’authentification forte et la capacité à retirer rapidement des droits ne sont plus des options d’architecte consciencieux, mais des obligations légales, parfois assorties de responsabilités personnelles pour les dirigeants.
Sur le plan strictement technique, les grandes plateformes américaines répondent à ces exigences. Le débat ne porte donc pas sur les fonctionnalités, mais sur la maîtrise. Utiliser un fournisseur soumis à des législations extraterritoriales, capables d’imposer un accès aux données ou d’interrompre un service, revient à accepter que le cœur de l’identité échappe partiellement à l’organisation, et parfois au cadre juridique européen.
Revenir à une approche plus souveraine ne signifie pas renoncer aux architectures modernes. L’IAM d’entreprise repose depuis longtemps sur des briques bien connues : des annuaires pour référencer les identités, des mécanismes d’authentification, des règles d’autorisation, et des protocoles standardisés comme SAML, le Security Assertion Markup Language, OAuth 2 ou OpenID Connect. Le cloud n’a pas inventé ces concepts ; il les a centralisés et industrialisés à grande échelle.
L’écosystème européen, souvent appuyé sur l’open source, propose aujourd’hui des alternatives crédibles pour reprendre la main sur ces briques fondamentales. Serveurs d’identité complets, solutions de fédération, annuaires robustes et plateformes orientées automatisation permettent de construire des architectures où les identités restent hébergées et gouvernées localement, tout en s’intégrant à des applications déployées partout. Ce choix demande plus de rigueur architecturale et une meilleure compréhension des flux, mais il offre en retour la réversibilité et la maîtrise, deux notions redevenues centrales.
L’identité auto-souveraine, souvent évoquée en parallèle, ouvre des perspectives intéressantes mais reste encore marginale dans les systèmes d’information d’entreprise. Elle concerne surtout des écosystèmes où aucune autorité centrale ne peut s’imposer, plus que les organisations classiques.
Au final, la question de l’IAM souveraine n’est ni idéologique ni nostalgique. Elle est profondément pragmatique. Elle consiste à se demander qui contrôle réellement les identités, qui décide des accès, et ce qu’il se passe le jour où un service critique n’est plus disponible ou plus juridiquement acceptable. Dans un contexte réglementaire et géopolitique de plus en plus contraint, reprendre la main sur l’identité n’est pas un luxe. C’est un choix d’architecture qui engage l’autonomie future du système d’information.
D’ailleurs, si vous avez une ou plusieurs expériences sur des solutions IAM européennes, n’hésitez pas à les partager en commentaire, ou mieux encore, à proposer un article pour le site (voir la page contact).
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